© 2019 cosmic girl from earth

On perçoit d'emblée, dans le travail essentiellement photographique de Sandrine Elberg, une fascination très pure pour les environnements cosmiques. Les étendues désertées qui donnent sur des ciels noirs évoquent immanquablement des paysages lunaires ; les agglomérations de poussière ou les myriades de particules brillantes, réparties de façon relativement chaotique dans les différentes compositions, sont semblables à des astres qui s'agitent sans bruit dans l'espace. Les fragments rocailleux, quant à eux, paraissent solitaires et aériens, comme frappés d'apesanteur. En se détachant d'une trame opaque et constellée qui tient lieu d'arrière-plan, ils figurent les corps célestes et irréguliers qui gravitent autour de certaines planètes du système solaire.

            Chez Sandrine Elberg, cet attrait pour les mondes stellaires se double, toutefois, d'un enthousiasme tout aussi fervent pour des réalités diamétralement opposées. Ces paysages complexes et indéfinis, qui s'écrivent à l'aune des distances insurmontables, se prêtent tout autant à la figuration de corps ou de substances infinitésimales. Effectivement, les reliefs, qui jusqu'alors dépeignaient des monts démesurés, s'assimilent désormais aux infimes variations de la matière ; ce qui tenait lieu d'astéroïde émaillé par d'innombrables accidents interstellaires se confond à présent avec de gigantesques grains de poussière que l'ont aurait éclairés par des lumières rasantes.

            Or, que nous dit ce tissage entre deux ordres de grandeur que tout oppose ? Que se produit-t-il, à l'échelle de la photographie, lorsque l'infiniment grand s'agrège à l'infiniment petit ? Préalablement, cette dichotomie dans les ordres et les motifs intervient sans doute de manière à induire une perception photographique qui, en elle-même, se fait sur le mode de l'ambivalence. Les objets restent invariants ; l'image ne se meut pas en soi. Pourtant, dans l'esprit du regardeur, une même image est susceptible de figurer deux réalités distinctes. Propriété liée à la mécanique de la perception, si l'on songe au principe illusionniste qui intervient dans un cadre pictural, par exemple lorsque le regardeur sait instinctivement que ce qu'il observe est à la fois un paysage et une agglomération de motifs colorés. Certaines lectures de ce mécanisme défendent une forme de simultanéité dans l'acte de perception ; lectures qui, du reste, accordent une place importante à l'interprétation. D'autres privilégient une sorte de regard découplée qui passerait successivement d'une réalité à une autre, sans qu'il n'y ait de superposition. D'autres encore mettent en avant la faculté qu'a l’œil humain d'associer la perception à l'imagination, et c'est sans doute cette version qu'il faut retenir lorsque l'on se confronte au travail de Sandrine Elberg, tant les imaginaires et les possibilités d'évasion semblent tenir un rôle de première importance.

            Toutefois, dans le cas présent, cette dichotomie dans les ordres de grandeur, en associant le microscopique au macroscopique, connaît d'autres spécificités. L'impression visuelle de se référer à une échelle particulièrement immodérée influence d'une façon ou d'une autre la part d'affect ou de sensibilité que l'on injecte à l'interprétation. D'un côté, par exemple, la considération de mondes si vastes qu'ils dépassent l'entendement ne peut qu'occasionner une perception ralentie, presque figée, ainsi qu'on l'observe avec ces massifs météoritiques qui, dès lors, semblent pénétrés par une forme d'éternité. Ces rocs et ces étendus, sombres et silencieux, paraissent engourdis par des ambiances nocturnes d'où l'on ne se réveille pas. Sans doute traduisent-ils, par ailleurs, une forme d'inertie, d'anéantissement peut-être. De l'autre, et inversement, le fait d'associer ces mêmes motifs à des mondes miniatures rend tentant l'identification à des particules saturées de vie et d'énergie ; celles-ci semblent animées par des trajectoires indescriptibles, et restent incontestablement fringantes. On peut ainsi avoir le sentiment, au contact de telles photographies, qu'elles ont pour objet, simultanément ou en parallèle, le règne de l'inerte et celui du vivant.

            D'autres caractéristiques ambivalentes se font palpables. Les jeux d'échelle diffusent une forme d’ambiguïté liée à une sensation de perte de repères. La nature topographique des compositions n'y est sans doute pas étrangère, dès lors qu'elle enclenche une sémantique du lieu, du site, voire de la géographie, particulièrement lorsque l'on se surprend à adopter une vue qui, tantôt est aérienne et reculée, tantôt s'écrit au plus près de la matière physique. Le lointain se heurte à l'ici, et ce qui reste un horizon inatteignable s'associe à ce qui demeure à portée de bras, de telle sorte que les paysages, devenus objets, en deviennent palpables.

            On ne saurait donc trop insister sur le caractère bifurqué des photographies de Sandrine Elberg, elle qui les envisage comme des jeux de pistes propices à une déambulation dans les interprétations. On perçoit également le caractère facétieux de ce travail qui repose sur des notions d'artifice et de faux-semblant, sur une conception de l'erreur, surtout lorsqu'on la polarise à travers le prisme de la connaissance. 

ABOUT

Cosmic girl from earth

1m70

40 ans 

rhesus O+

This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now